Cet article présente les perspectives offertes par la teinture mère d’Artemisia annua pour les traitements thérapeutiques de plusieurs maladies.
Introduction
L’Artemisia annua est utilisée depuis des siècles pour traiter les fièvres et le paludisme. Après la découverte de l’artémisinine en 1971, la plante a ouvert la voie à d’autres traitements dans la lutte antipaludiques. La teinture mère est un produit obtenue en faisant macérer les feuilles séchées ou fraîches de la plante dans un liquide hydro-alcoolique. Cette préparation permet une meilleure conservation et standardisation des principes actifs que les infusions traditionnelles. Au-delà de son action contre le parasite responsable du paludisme, l’artémisinine et ses dérivés, notamment l’artésunate, l’artéméther ou le dihydroartémisinine attestent d’un large éventail d’activités biologiques qui ouvrent de nombreuses perspectives dans la lutte d’autres pathologies.
Le paludisme : le point de départ
Les thérapies combinées (ACT) qui sont issues des dérivés de l’artémisinine sont des traitements recommandés par l’OMS. Le taux de guérison dans l’usage des préparations traditionnelles de la plante montrent des taux de guérison varaible qui vont de 71 % à 100 % selon la préparation et la durée du traitement. L’OMS encourage la recherche pour trouver les thérapies combinées les plus efficaces.
Perspectives dans le cancer
L’activité anticancéreuse des molécules à base d’artémisinine constitue l’objet le plus étudié pour le traitement du cancer. Ces molécules provoquent un stress oxydatif sélectif dans les cellules tumorales riches en fer qui envoie un signal aux cellules pour déclencher leur autodestruction. Ce processus biologique est nommé apoptose. Des effets cytotoxiques ont été démontrés sur de nombreux types de cancer, notamment celui du sein, du poumon, du côlon, du foie et du pancréas. La sélectivité des molécules d’Artemisia annua contre les cellules cancéreuses pourrait réduire les effets secondaires en comparaison des chimiothérapies classiques mais aussi potentialiser l’action de traitements conventionnels.
Perspectives dans les maladies inflammatoires et auto-immunes
La dihydroartémisinine présente une activité anti-inflammatoire en atténuant la production d’enzyme responsable de l’inflammation de cellule, réduisant ainsi les cytokines inflammatoires. Les études sur le sujet ouvrent des perspectives dans la lutte contre la polyarthrite rhumatoïde, les maladies inflammatoires de l’intestin, le lupus et l’arthrose. Un essai randomisé a permis de montrer une réduction importante et significative de la douleur chez des patients atteints d’arthrose. Les composés de l’Artemisia annua pourraient offrir une alternative saine face aux corticostéroïdes offrant une meilleure tolérance.
Perspectives dans les autres maladies parasitaires
Les artémisinines montrent également une activité contre protozoaires (bactéries unicellulaires) responsables de nombreuses maladies tropicales dont la leishmaniose, la maladie de Chagas et la trypanosomiase (maladie du sommeil). Les composés de la plante pourraient permettre d’offrir des alternatives devant les traitements conventionnels du fait de leur coût et de leur toxicité faible en particulier pour les formes neurologiques qui résistent aux médications classiques.
Perspectives dans les maladies virales
L’activité antivirales des molécules de l’Artemisia annua ont été démontrée dans des études in vitro notamment contre le cytomégalovirus, l’herpès, les hépatites B et C, et plus récemment le SARS-CoV-2. Le mécanisme d’action des molécules est multiple : elles inhibent la réplication virale, modulent la réponse immunitaire et induisent la mort cellulaire dans les cellules infectées. Les preuves cliniques restent toutefois dans leur phase en laboratoire et nécessite des études in vivo qui manquent encore.
Perspectives en neurologie et neuroprotection
Plusieurs dérivés de l’artémisinine traversent la barrière hémato-encéphalique ce qui ouvre de nombreux espoirs dans la lutte contre les maladies neurodégénératives. Dans des cas d’Alzheimer et de Parkinson, les artémisinines induisent une protection des cellules par la réduction du stress oxydatif, l’inhibition de l’agrégation des protéines et la diminution des neuroinflammations. D’autres piste prometteuses sont en cours d’études notamment dans la lutte contre la sclérose en plaques et les AVC (accidents vasculaires cérébraux).
Perspectives en médecine métabolique
Des études sur des animaux ont suggéré que dans un diabète de type 2, l’artémisinine réduisait la glycémie et qu’elle améliorait la tolérance en présence de glucose. Ces résultats ont suggéré que la molécule pourrait avoir des effets bénéfiques sur l’obésité, le bilan des différents niveaux de graisses (lipide) et la stéatose hépatique non alcooliques. Les études ouvrent ainsi la voie vers des traitements complémentaires pour la prise en charge et le traitement du syndrome métabolique.
Conclusion
La teinture mère d’Artemisia annua constitue ainsi une source d’espoir thérapeutique qui va bien au-delà du traitement du paludisme : cancer, maladies inflammatoires, parasitoses, infections virales, pathologies neurologiques et troubles métaboliques. Ces perspectives doivent restées mesurées par le fait que les études cliniques randomisées font lacune pour établir l’efficacité et la posologie de ces traitements et ne sont pas la priorité de la recherche pour les entreprises pharmaceutiques actuelles. Toutefois, nous pouvons noter que l’histoire de l’Artemisia annua démontre l’importance de la médecine traditionnelle comme source d’inspiration pour la médecine moderne.
Notes &
références
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